C'est la carte des flots faite dans la tempête, La carte de l'écueil qui va briser sa tête : Aux voyageurs futurs sublime testament.
"- Ci-joint est mon journal, portant quelques études Des constellations des hautes latitudes. Qu'il aborde, si c'est la volonté de Dieu !"
ALFRED DE VIGNY
De l'Autre Coté de la Bouteille
# Bienvenue ô toi lecteur & internaute sur mon blog, La Bouteille à la Mer ! Sache que dans cette Dive Bouteille seront jetées, au gré du vent, sur le papier et à la mer, les bribes de mes lectures mais aussi de certaines de flâneries culturelles et bien d'autres balivernes pareilles. Si elle te parvient, ne la jette pas par terre, ça ne serait pas écolo du tout. #
# Coming Soon #
Mon RDV "Un mois, un extrait"
Soumettez-moi vos extraits et écrivez votre article en invité. Rdv Rubrique "Contact".
Vous vous en souvenez peut-être, l'an dernier en juin était célébré le jubilé de diamant de la reine Elizabeth II et cette année, hasard du calendrier, le mois de juin sera le mois anglais, organisé par Lou et Titine ! Le principe est simple : faire de juin un mois so british en privilégiant des lectures d'auteurs anglais ou dont l'intrigue se déroule en Angleterre. En tant qu'anglophile, je ne pouvais pas rater ça !
Mais comme l'Angleterre regorge de talents en dehors de ses écrivains, le mois de juin ne serait pas anglais sans regarder de bons films et de bonnes séries britanniques (pourquoi pas revoir pour la dixième fois l'adaptation de North & South ou de Jane Eyre ?), flâner dans de beaux jardins à l'anglaise ou dans une expo, tester des recettes typiques (car les Anglais savent cuisiner, non mais !) ou préparer un vrai tea time ! Et si vous avez la chance de prendre le ferry ou l'Eurostar en juin, n'hésitez pas à raconter votre voyage et surtout de montrer vos plus belles photos ! Et bien sûr, ça n'inclue pas les nombreuses belles surprises que le mois anglais nous réservera !
Je ne suis pas très douée en planification comme mon dernier programme de lecture peut le rappeler, mais je vous présente tout de même mon programme de choc pour ce mois anglais, volontairement très large. Je suis bien sûr ouverte à toute lecture commune si un de mes choix vous fait envie vu que le mois anglais est fait pour être un moment de partage !
- Les Confessions de Mr Harrison d'Elizabeth Gaskell
- Sépulcrede Kate Mosse
- The Importance of Being Earnest d'Oscar Wilde (Théâtre)
- Une folie meurtrière de P.D James
- Agnès Grey d'Anne Brontë
- L'homme invisible de H.G Wells
- Le mystère d'Edwin Drood de Charles Dickens
- Villette de Charlotte Brontë
- A Study in Scarletd'Arthur Conan Doyle
- Heart of Darkness de Joseph Conrad
- Dommage qu'elle soit une putain (Théâtre) de John Ford
Il y a déjà des lectures communes prévues comme :
- Le 5 juin :Les Forestiers de Thomas Hardy pour Cléanthe et Lou. Je vais essayé de participer à celle-ci, peut-être avec un autre livre plus court de Hardy comme Les contes du Wessex.
- Le 8 juin :Dark island de Vita Sackville-West pour Eliza, Shelbylee et Titine
- L’affaire de Road Hill House de Kate Summerscale pour Lou, Miss Léo, Lisou, Val et Titine.
- Une autre histoire de Londres de Boris Johnson pour Maggie et Titine
- Un livre au choix de Barbara Pym pour Lou et Titine
- Un livre au choix d’Agatha Christie pour Enna,Karine:), Lydia et plein d’autres !
Coté films et séries :
- Hamlet de Kenneth Branagh
- Le crime était presque parfait d'Alfred Hitchcock
- Sueurs froides d'Alfred Hitchcock
- Snatch de Guy Ritchie
- The Ghost Writer de Roman Polanski
- De grandes espérances de Mike Newell (2012)
- A Room with a view de James Ivory
- Maurice de James Ivory - Tamara Drewe de Stephen Frears
- Les adaptations de Jane Austen que je n'ai pas encore vu : au choix Northanger Abbey, Mansfield Park (1999, 2007),Emma (1995, 2009), Sense & Sensibility (2008) et Persuasion (2007)
Chez Méloë, il y a une super page spécialement conçue pour les anglophiles avec entre autres plusieurs recettes de cuisine anglaises (principalement des douceurs sucrées) que je compte bien essayet en juin ! Ce qui est génial, c'est qu'elle raconte toujours un peu des anecdotes historiques sur ces recettes.La dernière en date, c'est l'Eton Mess à base de fraises, de meringue et de crème chantilly maison. Ça a l'air d'être un régal et très facile à réaliser !
Coté expos :
Pour l'instant, je n'ai qu'en vue L'ange du bizarre au musée d'Orsay mais, en cherchant plus, il doit y avoir des tas de choses à voir qui touchent de près ou de loin nos amis anglais ! Si vous avez des suggestions, je suis preneuse !
Alors, tenté(e)s ? :)
By the way, n'oubliez pas que vous pourrez voir Parade's End les 7 et 14 juin sur Arte à 20h50 à l'occasion du mois anglais !
Parfois, la saison automnale (que j'adore personnellement grâce à ses jolis couleurs !) donne l'impression d'être déjà en hiver ; la froidure qui s'installe doucement mais sûrement et le thé chaud (et ses petites douceurs) pour y pallier ! Moi, l'hiver, Noël, ça me fait toujours penser à Love Actually :
A défaut de pouvoir recevoir des cadeaux aussi cools et romantiques (mais ne désespérons pas!), je réponds à l'invitation d'Antonine pour nous offrir un hiver plein de lectures avec ce Challenge « Cold Winter ». Ainsi, plus la température baissera, plus notre PAL diminuera par la même occasion ! XD
Le challenge va se dérouler sur trois mois du 1er novembre 2012 au 1er février 2013. Comme j'ai du mal à lire pour le plaisir en ce moment, ça va me booster ! Voilà ce que j'ai pioché dans ma PAL :
1. L'Adolescent de Dostoïevski
Après vous avoir présenté un extrait de L'Idiot (surement l'un de mes préférés de cet auteur), je compte bien cet hiver compléter mes lectures de ce maître russe qui arrive toujours à capter aussi bien la psychologie humaine, comme jamais.
L'Adolescent de Dostoïevski
2. Pauvre Miss Finch de Wilkie Collins
Je vous en avais déjà touché un mot pour mon premier "Top Ten Thuesday" sur nos lectures d'automne. Je n'ai pas eu encore le temps de me plonger dans le destin de cette jeune aveugle mais j'ai trois mois pour le faire ! ;)
Wilkie Collins, Pauvre Miss Finch
3. North and South d'Elizabeth Gaskell
Vous connaissez déjà mon enthousiasme pour son adaptation par la BBCfabuleuseavec Richard Armitage puisque je vous l'ai présenté dernièrement. J'ai pour l'instant laissé de coté la lecture de ce roman à cause du boulot (je lui ai préféré quelques livres de C.S Lewis, shame on me !) mais je compte bien le finir avant cet hiver !
Elizabeth Gaskell, North & South
4. The Importance of Being Earnest d'Oscar Wilde
L'occasion est rêvée de mettre à l'honneur non seulement Oscar Wilde (c'est toujours bon), mais aussi le théâtre. Ca me permettra en même temps de lire en anglais comme North & Southd'ailleurs.
Oscar Wilde, L'Importance d'être Constant
5. Sir Nigel / La compagnie blanche de Sir Arthur Conan Doyle
Deux pour le prix d'un car il s'agit d'une petite saga où l'un peut être lu séparément et dans un ordre indifférent mais je préfère les lire ensemble pour plus de cohérence !
Conan Doyle, Sir Nigel
Conan Doyle, La Compagnie blanche
6. Agnes Grey d'Anne Brontë
Définitivement, un hiver ne peut pas se passer sans l'une des soeurs Brontë !
Anne Brontë, Agnès Grey
7. Lettres du père Noël de J.R.R Tolkien
Avec la sortie prochaine en décembre du Hobbit (qui d'ailleurs aurait pu faire partie de cette PAL pour le "Cold Winter"!), quoi de plus naturel de se replonger dans l'univers de Tolkien d'autant plus avec une oeuvre de saison ! Je m'attends à beaucoup d'humour ! :)
J.R.R Tolkien, Lettres du Père Noël
8. Cinq enfants et moi/The Phoenix and the Carpet/Le secret de l'amulette d'Edith Nesbit
L'hiver, c'est toujours quelque part un retour en enfance. Ça sera chose faite avec cette trilogie de la littérature jeunesse du début du siècle dernier (qu'enfant C.S Lewis a beaucoup apprécié).
Edith Nesbit, Le secret de l'amulette
9. Un visage pour l'éternité de C.S Lewis
En parlant de C.S Lewis ! Tout en lisant ses oeuvres un peu plus théoriques, je compte bien saisir l'occasion (sans trop de remords !) de lire ses fictions, autres que Narnia. Je l'ai déjà commencé d'ailleurs mais je l'ai un peu laissé en rade pour lire North & South. Mais, de ce que j'en ai lu, j'ai beaucoup aimé cette réécriture du mythe de Psyché et Cupidon.
C.S Lewis, Un visage pour l’éternité
10. Daisy Miller d'Henty James
Encore une lecture prévue pour cet automne mais comme c'est une nouvelle assez courte, elle ne risque pas de m'accompagner tout l'hiver ! D'autant plus qu'il me tarde de lire du Henry James !
Henry James, Daisy Miller
11. Trois enquêtes du Père Brown de G.K Chesterton
D'une pierre deux coups, ces trois nouvelles policières vont me servir pour deux challenges : celui "Polars & Thrillers" et "Cold Winter". Je connais Chesterton grâce à C.S Lewis et la particularité de ces policiers, c'est que le détective est un prêtre ! Assez cocasse pour être lu. Et il m'a coûté une misère, moins d'un euro. XD
Chesterton, Trois enquètes du Père Brown
12. L'âme du mal de Maxime Chattam
Grâce au challenge "Polars é Thrillers", ça me permet non seulement de découvrir un genre assez nouveau pour moi mais aussi des auteurs inconnus. J'ai entendu beaucoup de choses sur Maxime Chattam, en bien et en mal, mais je vais tout de même me laisser tenter par ce roman. Je me ferais mon propre avis !
Maxime Chattam, L'âme du mal
13. L'homme invisible d'H.G Wells
Un classique de la littérature fantastique : pour Halloween qui sait ?
H.G Wells, L'homme invisble
14. Colline de Jean Giono
Une fois n'est pas coutume, je compte lire cet hiver un roman français de l'un de mes auteurs préférés français (ce qui est très rare comme vous avez pu le voir sur ce blog !) J'espère qu'il sera à la hauteur d'Un Roi sans divertissement.
Jean Giono, Colline
15. La métamorphose de Franz Kafka
Ça fait un bout de temps que je retarde le moment de lire du Kafka. Mais là, je n'aurais plus d'excuse d'autant plus que celui-ci est dans ma bibliothèque depuis septembre. J'espère en être "métamorphosée" ! XD
Franz Kafka, La métamorphose
Beaucoup de classiques (mais ce n'est pas une surprise !), un peu de fantasy/fantastique, un peu de littérature jeunesse et quelques polars ! Ça sera divers comme hiver ! :P
Et vous,que pensez-vous lire cet automne et cet hiver quand il fera trop froid pour sortir et donc un temps idéal pour lire bien au chaud ? :)
Je vous souhaite un bon week-end et de bonnes vacances pour les veinards (ce qui n'est pas mon cas ! :P)
"I wish I could tell you how lonely I am. How cold and harsh it is here. Everywhere there is conflict and unkindness. I think God has forsaken this place. I believe I have seen hell and it's white, it's snow-white."
(Margaret Hale in "North & South", BBC Drama)
Ce blog est un peu en sommeil ces derniers temps, comme un clin d’œil sans le vouloir à mon dernier billet sur le polar de Raymond Chandler, Le Grand Sommeil. Ce n'est pas faute d'avoir des idées, des projets pleins la tête et de lire pour le plaisir et pour mon Master. Bien sûr, le temps manque pour tout faire mais il a surtout fallu me laisser le temps d'acquérir mon propre rythme entre « métro/boulot/dodo » (e n'est malheureusement pas un cliché mais ma « vraie » vie ! XD) et cette part de loisir que j'essaye de mener sur la blogosphère.
Trêve de blabla, je reviens donc avec « North & South », ce petit bijou offert par les indétrônables génies de la BBC et qu'on compare souvent avec la sacro-sainte adaptation de la BBC d'Orgueil & Préjugés. Je trouve la comparaison vraiment hâtive parce qu'à part le sexe respectif des deux auteurs dont les œuvres sont adaptées, Elizabeth Gaskell d'une part et Jane Austen (who else?) d'autre part, l'esprit n'est vraiment pas le même. J'en ai d'autant plus le sentiment que je me suis jetée sur le roman d'Elizabeth Gaskell à peine cette mini-série visionnée et je l'aurais d'ailleurs fini dans quelques jours, ce qui fera sûrement l'objet d'un prochain billet plus comparatif. A suivre !
Elisabeth Bennet (Jennifer Ehle) en pleine nature dans Pride & Prejudice (BBC)
Déjà, le décor n'a rien à voir. Là où Orgueil & Préjugés (comme la majorité des œuvres de Jane si on exclue les escales toujours un peu forcées à Londres ou à Bath) se situe exclusivement à la campagne, dans son Hampshire natal où tout est verdoyant et où il n'y a pas plus grand sacrilège que de ne pas aller se promener à pied en pleine nature (quitte à tacher de boue sa jolie robe!), North & South joue justement sur l'opposition entre la vie à la campagne et celle en ville.
Le Nord, c'est l'Angleterre industrielle des années 1850, le monde des villes crasseuses et pleines de fumée et des manufactures de coton en pleine industrialisation. Le Sud, c'est là encore le Hampshire, comme un clin d’œil à peine voilé, mais qui d'emblée doit être fui par l’héroïne Margaret (Daniela Denby-Ashe) et sa famille les Hale, pour une des villes du Sud : Milton, une ville fictive mais inspirée par Manchester où Gaskell a vécu et qui fera l'objet d'une rude critique par un certain Karl Marx. Ainsi, la vie idéalisée à la campagne, qui devient "dans l'exil" l'objet d'une nostalgie assez maladive pour certains personnages (comme la mère de Margaret), est très vite éclipsée car, d'une certaine manière, cette vie campagnarde semble incapable de correspondre et de répondre aux exigences de la vie moderne car trop oisive, trop liée à un temps « à la Jane Austen » fait de pasteurs (c'est l'ancien état du charmant père de Margaret qu'il quitte pour une question de conscience) et d'idylles plus ou moins heureuses.
Margaret Hale (Daniela Denby-Ashe)
à Helstone (Hampshire)
C'est assez intéressant de voir qu'à l'écran, le traitement de la courte vie à la compagne est lui aussi très bref, très secondaire : il fait l'objet d'un flash-back, comme une éclipse temporelle, au début du film après avoir vu Margaret et sa famille justement dans le train en direction de Milton. Quant aux quelques fois où on retrouvera le Hampshire à l'image, la luminosité est toujours très forte (voir photo ci-dessus) ce qui donne presque l'impression d'un lieu irréel ou tiré tout droit d'une carte postale ancienne. Autant dire que c'est très bien fait !
Ainsi, vous l'avez compris, la vie en ville dans le Sud, ne serait rien sans l’étrangeté qui l’accompagne non pas seulement celle qui fait de Margaret une « exilée » mais aussi l'étrange modernité que représente le monde de l'usine et les conflits de classes naissants entre ouvriers et patrons. Le premier motif offre des scènes plus ou moins comiques où le film joue sur ce décalage entre les habitudes du nord et celles du sud et toutes les difficultés qu'a, par exemple, l’héroïne de s'y adapter comme les règles élémentaires de l'hospitalité (ne pas prévoir de venir chez les gens sans attendre d'y être invitée..) ou de la politesse (serrer la main à un gentleman, même quand il s'agit d'un vulgaire patron de manufacture...).
Le deuxième paraît d'emblée moins comique, et en effet, c'est une question sérieuse mais c'est aussi ce qui différencie profondément cette adaptation du roman d'Elizabeth Gaskell et celles de Jane Austen. Certes, Jane Austen est la reine des romans de mœurs, des analyses sociales de la petite société à la campagne mais Gaskell change radicalement d'échelle ce qui rend son roman mais surtout cette adaptation apparemment plus modernes, plus proches de nous et de l'univers qui est le notre. Ça ne rend pas moins vrais et systématiquement incisives les analyses pleines d'ironie de Jane Austen et qui nous font rire à la lecture et l'écran. Mais quelque part, il y a toujours un peu de mondanité, de désinvolture chez elle comme si ses critiques de l’orgueil ou des préjugés des uns et des autres pouvaient être prises, sûrement en grossissant le trait, comme des jeux d'esprit. Au fond, rien de très sérieux. Mais, c'est ce qui fait aussi que Jane Austen (à mon sens) ne tombe jamais dans un discours moralisateur.
Margaret devant les machines de la manufacture de coton,
Pour Gaskell, on sent que c'est beaucoup plus profond que ça, que les questions sociales, le sort des ouvriers et le manque d'humanité de certains patrons « la travaille » et c'est manifeste à l'écran. Bien sûr, j'ai en partie cette impression grâce au travail d'adaptation des scénaristes qui ont mis en avant des scènes, des images, des dialogues qui pousse quiconque qui voit cette adaptation à être frappé par la modernité des situations qui y sont abordées. Bien sûr, c'est avec un œil moderne que l'on voit plus facilement ces détails (comme l'insistance sur le travail des enfants) mais, à la lecture du roman, je pense vraiment que ce n'est pas une fantaisie des scénaristes et que ça a un vrai fondement chez Gaskell.
Margaret Hale a très peu d'amis mis à part une relation de son père, Mr Thornton (Richard Armitage) et sa famille : sa stupide sœur - digne d'une Lydia Bennett si vous voyez le genre ! - mais sa mère surtout (interprétée par la sublime Sinéad Cuzack. Quelle classe, quelle âpreté peut-elle dégager !). Mr Thornton est un homme influent, le patron de la plus prolifique manufacture de coton de la ville et la relation qui le lie à sa mère est très forte : il faut dire qu'elle est très fière de lui mais aussi sacrément orgueilleuse ! Il serait plus juste de dire qu'elle n'a pas d'amis à l'exception d'une famille d'ouvriers, un père Nicholas Higgins (Brendan Coyle, le charismatique Mr Bates dans Downton Abbey) et ses deux filles Mary mais surtout Bessy (Anna Maxwell Martin, qui joue, ironie du sort pour mon propos, la sœur de Jane Austen, Cassandra, dans le biopic Becoming Jane) qui lie avec Margaret une amitié très profonde, mais qui sont assez secondaires dans le roman. Il faut dire que cette famille joue comme pivot puisque c'est Nicholas Higgins qui est l'un des initiateurs de mouvements de contestations, Autant dire qu'il est le porte-drapeau du syndicalisme naissant.
Nicholas Higgins (Brendan Coyle) & Bessy (Anna Maxwell-Martin)
A l'écran, cette mise en valeur des questions sociales marche très bien parce que l'image revendique beaucoup de chose et dit beaucoup parfois plus que les mots ou les dialogues. Je pense à une scène en particulier d'une extrême violence où la grève dégénère. L'atmosphère est vraiment très forte et on comprend très bien à ce paroxysme tout ce que « ce conflit de classes », cette nouvelle division à l'intérieur des relations de la vie quotidienne qu'est le travail, représente à cette époque et encore pour nous où les théories de Karl Marx semblent pour certains plus que jamais d'actualité.
Certes, North and South est plus sombre que d'autres adaptations apparemment similaires de la BBC comme Jane Eyre ou Orgueil et Préjugés. Mais, ça ne veut pas dire que l'on s'ennuie : tout est suggéré et au delà de ça, j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ce monde ouvrier, il faut bien l'avouer grâce à la beauté des images, à un vrai esthétisme appliqué à ce qui à première vue n'est pas beau en soi. A ce titre, la première rencontre entre Margaret et Mr Thornton (totalement « romancée » si j'ose dire par rapport au roman) se situe à l'usine et quand Margaret ouvre une porte qui mène à la grande salle des machines, je dois dire qu'on est aussi soufflé qu'elle. On verra plusieurs fois cette image mais des particules de coton volent tout autour des ouvriers et des machines à tel point qu'on dirait presque de la neige. La musique qui accompagne ces images aide beaucoup à rendre ces moments paradoxalement merveilleux.
Vous allez me dire : et la romance dans tout ça ? Je pense que c'est surtout ce thème-là qui rapproche cette adaptation de celle d'Orgueil et préjugés mais là, encore, ce n'est pas si simple ! Je ne suis pas là pour faire le procès d'Orgueil et préjugés (et de son adaptation) ou de Jane Austen. Quiconque me connaissant un tant soit peu pourra témoigner que je suis complètement amoureuse de son univers, de son auteur et de ses personnages (suivez mon regard...:P) Mais, ce n'est pas une raison pour rabattre deux œuvres, deux adaptations qui n'ont pas grand chose à voir. C'est leur rendre justice au contraire que de tenter de faire ce travail pour les juger toutes deux à leur juste valeur.
John Thornton ( Richard Armitage)
J'ai retardé ça jusqu'à la fin mais parlons un peu de ce cher John Thornton, de Richard Armitage et du potentiel parallèle avec Mr Darcy et Colin Firth. Je ne cache pas qu'il est mon coup de cœur dans cette mini-série mais pas pour les raisons qu'on pourrait croire, du moins pas seulement ! J'ai découvert véritablement Richard Armitage cet été en regardant une série qu'on doit encore à la BBC : Robin des Bois, que j'aimerais et j'espère vous présenter ici un de ces quatre. C'est surtout son personnage qui m'a marqué, Guy de Gisborne, le bras droit du shérif de Nottingham pour vous situer la chose, autant dire un méchant comme on en connaît beaucoup mais paradoxalement beau dans sa cruauté mais surtout dans ses faiblesses, ses doutes et ses contradictions.
Il faut savoir que la comparaison entre Mr Thornton et Mr Darcy n'est pas si anodine que ça, et si absurde donc, étant donné le phénomène de grande popularité (doux euphémisme...) pour Richard Armitage après sa prestation, assez comparable – bien qu'à moindre mesure – à ce qu'a vécu Colin Firth. Dans l'interview des bonus du DVD, Richard Armitage s'en étonne, bien qu'il soit flatté par la comparaison, vu qu'il ne considère pas son personnage comme quelqu'un de romantique mais plutôt de dur (comme une déformation professionnelle), pas du tout préparé aux choses de l'amour. Je suis d'accord avec lui et j'apprécie son personnage d'autant plus qu'il est réaliste, pas du tout mièvre mais sincère dans tous les sentiments qu'il exprime difficilement que cela soit l'amour, la peur, l'indignation ou l'orgueil. Pas que Mr Darcy ne semble pas aussi vrai dans ses doutes et son propre orgueil mais l'univers austien n'aide pas à mettre en valeur tout ça au détriment d'un certain romantisme. Je ne crache pas dans la soupe, j'aime bien ces petites bouffées de romantisme de temps en temps mais d'une certaine manière, même s'il y a des passages très romantiques et très romanesques dans l'adaptation de North and South qui sont très agréables à regarder, j'ai été touchée par la relation complexe qui unie Margaret et John Thornton où chacun s'épanouie en apprenant à comprendre l'univers et la "culture" de l'autre.
J'espère vous avoir fait partager mon enthousiasme pour cette adaptation de la BBC de North & South. Elle est disponible en intégralité sur Youtube (avec des sous-titres en français pour la quasi totalités des quatre épisodes, à part les deux dernières parties de l'épisode 1 mais ce n'est pas trop incompréhensible). Il s'agit d'une playlist que j''ai créé sur ma propre chaîne YT pour pouvoir regarder les épisodes dans l'ordre à partir des vidéos diffusées par Audisarienne.
N'hésitez pas à me donner vos impressions si vous l'avez déjà vu ou si vous prennez l'occasion de le voir. Ma lecture de cette adaptation, comme toujours, n'est que personnelle et invite, par définition, au débat !