"Parade's End" (2012, BBC-HBO) d'après Ford Madox Ford
Bouteille jetée par Alex , lundi 27 mai 2013 18:54
Parade's End, mini-série de 6 épisodes coproduite par BBC2 et HBO, diffusée en 2012 (UK) et prévue sur Arte les 7 et 14 juin 2013 à 20h50. D'après l'oeuvre de Ford Madox Ford, scénarisée par Tom Stoppard et réalisée par Susanna White (Jane Eyre). Avec Benedict Cumberbatch, Rebecca Hall, Adelaide Clemens, Rupert Everett et Miranda Richardson.
Synopsis
Angleterre, 1910. A la veille de la Première guerre mondiale, « le
dernier Tory » Christopher Tietjens (Benedict Cumberbatch), qui
vit dans la nostalgie des valeurs traditionnelles de son enfance et
de son pays, s'apprête à épouser Sylvia Satterthwaite
(Rebecca Hall), une mondaine manipulatrice et volage. Sylvia n'a rien
du parti idéal : socialiste, catholique et, cerise sur le
gâteau, enceinte ! L'enfant qu'elle porte n'est probablement
pas le sien et pourtant, par sens de l'honneur, il n'hésite pas à l'épouser pour éviter le scandale. En vain. Leur mariage battant
rapidement de l'aile, Sylvia n'est sûrement pas prête à jouer les
épouses parfaites et fidèles... Dans un monde où tout se sait et
où les rumeurs vont bon train, la seule arme de Christopher est de
sauver les apparences, « parader » au détriment de son
propre bonheur. C'est sans compter l'apparition de Valentine Wannop (Adelaide Clemens),
une jeune suffragette, qui va lui donner envie d'espérer à une
autre vie. Christopher osera t-il aller à l'encontre de ses
principes en commettant l'adultère et en s'exposant aux
commérages? Et que restera t-il de ce triangle amoureux après
l'expérience et le traumatisme de la guerre ?
Mon absence a été honteusement longue sur La Bouteille à la
Mer (près de deux mois,
n’arrangeant pas la santé de mon rendez-vous Un mois, un extrait qui
a pris sacrément du retard...)
ce qui ne m'a pas empêchée de faire de belles découvertes
(principalement en séries TV) pour respirer un peu face à la masse
de boulot. En bref, je suis tombée définitivement sous le charme de
Once Upon a Time (et,
accessoirement du Captain Hook et encore plus dans le final de la
saison 2), je me suis extasiée devant la beauté des costumes de
Paradise (2012), l'adaptation
très librement inspirée de Au Bonheur des Dames
de Zola et j'ai frissonné devant le suspens de Paradox
(2009), une excellente série
britannique (pléonasme?) qui, allez savoir pourquoi, n'a pas été
renouvelée pour une deuxième saison ! (dé-gou-tée ? Rien qu'un peu.) Je
compte vous parler des deux dernières séries très vite puisque je
suis déjà en vacances.
Un billet est aussi en préparation sur le premier roman de Virginia
Woolf, La traversée des
apparences (The
Voyage Out), pour ma seconde participation au challenge qui lui est consacrée chez Lou et je dois dire que ça a été un
véritable coup de cœur. Le problème, c'est que je l'ai fini il y a
près d'un mois et qu'il va falloir que je m'y replonge un petit peu
ce qui n'est pas pour me déplaire.
Place maintenant à Parade's End
où j'ai pu retrouver avec plaisir le brio, la sensibilité et la
sensualité du travail de la réalisatrice de la meilleure adaptation (selon moi) de Jane Eyre, Susanna White, mais surtout, pour être honnête, la voix profonde de basse de Benedict Cumberbatch qui m'avait manquée depuis
Sherlock. J'ai
pu d'autant plus en profiter que j'ai eu la chance de voir cette
mini-série en VO avant qu'elle soit diffusée en France, ce qui sera
justement le cas sur Arte les 7 et 14 juin prochains (en VOSTFR et
non en VF, je l'espère). D'ailleurs, rien que la voix si
particulière et le charisme de Benedict Cumberbatch rendent
l'immersion dans la gentry anglaise presque naturelle, preuve que ce
rôle lui va comme un gant.
Le personnage de Christopher est très difficile à cerner et pourtant, il n'est pas du tout antipathique. On sent pourquoi il peut déstabiliser tous ceux qui l'entourent, et au premier chef sa propre femme qui ne supporte plus de vivre avec un homme si froid, si lisse et si imperturbable. Déjà en Sherlock, Benedict Cumberbatch avait réussi grâce à un jeu subtil à transmettre des émotions très variées derrière le mur de froideur que son personnage avait posé entre lui et ses congénères. Christopher n'est pas à proprement parlé un sociopathe mais seulement un personnage littéralement perdu dans un monde qu'il ne reconnaît pas comme le sien. Il doit faire face au décalage entre son système de valeurs et les changements autant idéologiques que personnels de son temps, sans parler de la guerre qui va briser littéralement encore plus son univers.
Tout ce qu'il vit, tous ceux qu'il rencontre sont déformés par ce décalage et tiraillé comme il est entre deux femmes et entre deux vies possibles, le leitmotiv du prisme et du miroir de poche cassé de Sylvia qu'elle conserve précieusement rendent bien à l'image ce thème récurrent du tiraillement et d'un monde complètement incohérent, comme éclaté, fracturé aux yeux de Christopher.
Le
personnage de Sylvia, interprétée par Rebecca Hall, n'est pas un
rôle facile et elle est peut-être celle qui stagne le plus, qui
reste pareille à elle-même, étrangement cohérente, parmi des
personnages comme Christopher ou Valentine qui évoluent beaucoup. Ça
ne veut pas dire que son personnage n'a pas la même profondeur et
les mêmes nuances de caractère que les autres mais, sans être une
garce, j'ai eu beaucoup de mal à m'identifier à elle et à plaindre
sa souffrance dans ce mariage malheureux. Pur spécimen de la femme
mondaine et changeante, elle passe facilement de la colère, voire du
cynisme, à la séduction sans jamais se remettre en question. Même
quand elle essaye de se rendre digne de son mari, elle ne peut pas
s'empêcher de retourner à ses vieux amours et à ses vieux démons :
l'hystérie, le mensonge et finalement la manipulation.
Le personnage de Christopher est très difficile à cerner et pourtant, il n'est pas du tout antipathique. On sent pourquoi il peut déstabiliser tous ceux qui l'entourent, et au premier chef sa propre femme qui ne supporte plus de vivre avec un homme si froid, si lisse et si imperturbable. Déjà en Sherlock, Benedict Cumberbatch avait réussi grâce à un jeu subtil à transmettre des émotions très variées derrière le mur de froideur que son personnage avait posé entre lui et ses congénères. Christopher n'est pas à proprement parlé un sociopathe mais seulement un personnage littéralement perdu dans un monde qu'il ne reconnaît pas comme le sien. Il doit faire face au décalage entre son système de valeurs et les changements autant idéologiques que personnels de son temps, sans parler de la guerre qui va briser littéralement encore plus son univers.![]() |
| Sylvia Satterthwaite (Rebecca Hall) |
Étrangement, même snob, Christopher dissimule une grande sensibilité et les passages avec
son fils sont très touchants, lui qui le traite comme son propre
fils malgré les doutes sur sa paternité. Tout ce sentimentalisme
est tourné autour de deux personnages : le cèdre centenaire à
Groby Hall dans le Yorkshire où il a passé son enfance et Valentine
Wannop, la suffragette, excellemment interprétée par Adelaide
Clemens. Comparer une jolie fille à un arbre peut paraître étrange
et pourtant, il 'agit encore d'un autre tiraillement entre la
nostalgie de son passé et le désir qu'il a pour cette jeune fille
intelligente et passionnée, tournée vers l'avenir. On pourrait
croire que le motif du triangle amoureux est tellement éculé que la
série ne peut produire à partir de ça rien de très original.
Pourtant, la relation entre Christopher et Valentine peine à sortir
du flirt platonique pour mieux nous faire entrer dans le monde des
fantasmes, des occasions manquées et des allusions voilées.
Le
personnage de Sylvia, interprétée par Rebecca Hall, n'est pas un
rôle facile et elle est peut-être celle qui stagne le plus, qui
reste pareille à elle-même, étrangement cohérente, parmi des
personnages comme Christopher ou Valentine qui évoluent beaucoup. Ça
ne veut pas dire que son personnage n'a pas la même profondeur et
les mêmes nuances de caractère que les autres mais, sans être une
garce, j'ai eu beaucoup de mal à m'identifier à elle et à plaindre
sa souffrance dans ce mariage malheureux. Pur spécimen de la femme
mondaine et changeante, elle passe facilement de la colère, voire du
cynisme, à la séduction sans jamais se remettre en question. Même
quand elle essaye de se rendre digne de son mari, elle ne peut pas
s'empêcher de retourner à ses vieux amours et à ses vieux démons :
l'hystérie, le mensonge et finalement la manipulation.
La
place de la guerre dans cette série est plutôt originale :
elle n'est pas reléguée au profit de l'intrigue sentimentale. Elle
en est au contraire un des ressorts car de la survie de Christopher
dépend le dénouement heureux ou malheureux de ce triangle amoureux.
Grâce à l'intervention de son frère Mark (Rupert Everett),
Christopher est assez bien protégé de l'enfer des tranchées avant
d'y être envoyé à cause d'une faute disciplinaire contre le
général en personne. A coté du réalisme de la vie dans les
tranchées, on est confronté aussi à son traumatisme au travers
d'un personnage secondaire qui m'a beaucoup marqué qu'on voit
pourtant très peu. Il s'agit du colonel Bill Williams, le
commandant de bataillon dans les
tranchées à la limite de la démence que Christopher sert comme second. Il y a une scène
fabuleuse où le colonel traverse tranquillement le no
man's land pour lancer une
grenade directement dans la tranchée adverse au risque de se faire
canarder. La performance de Steven Robertson est juste exceptionnelle
à la hauteur de son rôle de Michael Connolly, un jeune homme
souffrant d'un handicap moteur et cérébral dans Inside
I'm dancing avec James McAvoy.
En
définitive, Parade's End
est encore une réussite pour la BBC et HBO en traitant avec
intelligence à la fois des bouleversements de la société
edwardienne, de la guerre et des aspirations individuelles. Le
casting est parfait, surtout mené par le charisme de Benedict
Cumberbatch au talent plus que confirmé et de belles découvertes
comme Adelaide Clemens que j'ai pu brièvement retrouver hier en
salle dans The Great Gatsby
de Baz Luhrmann. J'ai d'ailleurs hâte de vous parler de cette
adaptation du roman de F.S Fitzgerald. Je ne sais pas si j'aurais
l'occasion de lire le roman original de Ford Madox Ford dont Parade's
End est l'adaptation mais j'ai
bien envie de découvrir cet auteur très vite par un autre roman. Si
vous avez déjà lu Ford Madox Ford et que vous avez des suggestions,
je suis preneuse !
En
attendant la diffusion de Parade's End les
7 et 14 juin 2013 à 20h50 sur Arte, voici en extrait mon passage
préféré, tout en poésie et en sensualité. On a tout de suite
étrangement envie de se perdre dans le brouillard anglais...
Où se procurer Parade's End (2012-2013 - BBC/HBO) ?
Sachez que Parade's End est déjà disponible en DVD pour EUR 19, 99. Attention ! Il s'agit de la version anglaise du DVD : il n'y aura donc que la VO et des sous-titres seulement en anglais, sans sous-titres français.
Je crois que le roman Parade's End n'est plus disponible en français mais vous pouvez vous le procurer en anglais pour EUR 9, 36.
Vous pouvez aussi consulter le dossier de presse d'Arte consacré à cette mini-série. (avec une belle faute de frappe sur le nom de Benedict Cumberbatch...)





