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"Une chambre à soi" de Virginia Woolf

Bouteille jetée par Alex , samedi 15 juin 2013 16:16

"Il est néfaste pour celui qui veut écrire de penser à son sexe."

L'argument


Pourquoi les pièces de Shakespeare n'ont pas été écrites par une femme ? Quelles sont les conditions autant matérielles que morales pour écrire une oeuvre de fiction ? Quand les femmes ont-elles arrêté d'écrire pour se plaindre pour enfin faire oeuvre d'art ? Dans cette conférence de 1929 sur les femmes et le roman, Virginia Woolf nous entraîne dans une promenade à travers les siècles, de l'époque élisabéthaine au monde contemporain depuis le droit de vote accordé aux femmes, pour entreprendre une véritable généalogie des conditions favorables et défavorables de l'écriture féminine pour enfin s'interroger sur la différence des sexes et pour conseiller les futures femmes de lettres sur ce qui doit les guider dans l'écriture.


Même dans ses essais, on retrouve l'amour de Virginia Woolf pour la fiction que cela soit, avec sérieux pour son propos en discutant de la relation entre les femmes et la fiction ou dans sa propre écriture où chaque chapitre (comptez-en six) prend les airs d'une mise en scène littéraire qui nous fait suivre une narratrice, Mary, dans son voyage à travers les époques sur les traces des femmes écrivains. 

Le premier chapitre nous emmène à Oxbridge, une université fictive entre Oxford et Cambridge, où les femmes ne sont pas autorisées à marcher sur le gazon ou à entrer dans une bibliothèque sans lettre de recommandation. Au second chapitre, on la retrouve dans la maison de sa tante pendant et après un repas où la digestion est propice à la réflexion sur les femmes mais aussi au coeur de ses recherches dans les rayonnages du British Museum où elle se met en colère contre l'affirmation selon laquelle "les femmes [seraient] intellectuellement, moralement et physiquement inférieurs aux hommes". Le troisième chapitre se situe au coeur du XVIe siècle où face au génie de Shakespeare, sans égal, la narratrice retrace le destin de la soeur du dramaturge, Judith, vouée à l'oubli malgré les mêmes talents que son frère sans être permise à cause des circonstances d'écrire une seule ligne pour, tragiquement, se donner la mort se découvrant enceinte.. 

Le quatrième temps de son voyage est celui des pionnières sorties de l'anonymat avec Jane Austen et Charlotte Brontë, deux modèles opposés qui abordent l'écriture avec deux esprits différents, l'un avec confiance, l'autre avec rancune contre ces hommes qui lui ont empêché de visiter le vaste monde. C'est à ce moment-là que les femmes de lettres entrent vraiment dans l'Histoire et, c'est au chapitre 5 et 6, que Virginia Woolf s'attaque au lourd débat sur la différence des sexes où, à la suite de Coleridge, elle adhère à l'idée que les grands écrivains sont ni des hommes, ni des femmes mais délibérément androgynes. Ce profil de l'écrivain androgyne, qui garde l'équilibre entre son coté masculin et son coté féminin , est proprement l'aspect le plus fictionnel dans Une chambre à soi et fait écho par exemple à la figure d'Orlando, ce génie androgyne et immortel.

Aphra Behn
Christina Rossetti













Ce que j'ai trouvé passionnant dans cet essai, c'est l'hommage que Virginia Woolf rend à toutes ces femmes de lettres oubliées et qui, pourtant, sont des pionnières qu'il s'agit de faire revivre. J'ai aimé rencontrer certaines figures comme Christina Rossetti, la soeur du peintre préraphaélite Dante Gabriel Rossetti, ou Aphra Behn, cette dramaturge de la Restauration, ou encore la figure fictive de la soeur de Shakespeare qui est une invention prodigieusement géniale et très inspirante. D'ailleurs, la soeur de Shakespeare est en quelque sorte l'âme de toute écrivain féminine en puissance, comme un modèle à suivre et à faire survivre ce qui me touche d'autant plus, moi qui aime tant écrire :

"Je vous ai dit au cours de cette conférence que Shakespeare avait une sœur ; mais n’allez pas à sa recherche dans la vie du poète écrite par sir Sidney Lee. Cette sœur de Shakespeare mourut jeune… hélas, elle n’écrivit jamais le moindre mot. Elle est enterrée là où les omnibus s’arrêtent aujourd’hui, en face de l’Elephant and Castle. Or, j’ai la conviction que cette poétesse, qui n’a jamais écrit un mot et qui fut enterrée à ce carrefour, vit encore. Elle vit en vous et en moi, et en nombre d’autres femmes qui ne sont pas présentes ici ce soir, car elles sont en train de laver la vaisselle et de coucher leurs enfants. »

J'ai aimé aussi retrouvé la figure de Jane Austen qui est un tel pivot dans cette histoire de la condition des femmes de lettres. Elle n'écrit pas comme les autres, elle qui fait partie de ces femmes qui font "se mettre à faire usage de l’écriture comme d’un art et non plus comme d’un moyen pour s’exprimer elles-mêmes." Même en n'ayant pas eu une chambre à elle, on la voit écrire dans cette pièce commune, ce petit théâtre d'observation des mœurs d'alors, interrompue de ci delà par telle ou telle tâche domestique et surtout cachant ses romans sous une feuille de buvard dès qu'un étranger entre dans la pièce. Comme cette jeune femme a réussi à égaler Shakespeare dans cette pièce commune, ça reste un mystère...


Une chambre à soi est bien sûr traversé par le féminisme tout particulier de son auteur mais pourtant, il échappe aux travers de l'exaltation de la femme et de ses qualités ou du mépris de la gente masculine pour aborder le sujet de la condition matérielle nécessaire à l'écriture d'un roman par une femme d'un point de vue presque neutre, suivant un esprit critique des plus honnêtes. Virginia Woolf rejette dos à dos d'un coté la supériorité masculine sur les femmes mais tout simplement la différence entre les sexes en dénonçant ce système comme enfantin comme s'il y avait deux camps adverses dans une cour de récréation. 

« Toute cette opposition de sexe à sexe, de qualité à qualité, toute cette revendication de supériorité et cette imputation d’infériorité, appartiennent à la phase des écoles primaires de l’existence humaine, phase où il y a des « camps », et où il est nécessaire pour un camp de battre l’autre et de la plus haute importance de monter sur l’estrade et de recevoir des mains du directeur lui-même une coupe hautement artistique. A mesure que les gens avancent vers la maturité, ils cessent de croire aux camps et aux directeurs d’école ou aux coupes hautement artistiques. De toute manière, quand il s’agit de livres il est notoirement difficile d’étiqueter de façon durable leurs mérites. » 
C'est cette exigence de ne pas vouloir choisir entre l'homme te la femme qui l'amène à défendre la cause de l'androgyne qui est une sorte de variante littéraire du genre qui met en relation l'homme et la femme non pas à des fins sociales mais bien d'écriture littéraire. Virginia Woolf cite de nombreux auteurs androgynes : Shakespeare étant le premier, Keats, Coleridge et Proust qui, quant à lui, chose rare chez un homme favorise son coté féminin. Cette posture de l'androgyne l'amène non seulement à citer les conditions matérielles qui favorisent l'écriture, c'est-à-dire l'indépendance financière et un espace consacré à la seule écriture :

"Il est nécessaire d'avoir cinq cents livres de rente et une chambre dont la porte est pourvue d'une serrure, si l'on veut écrire un oeuvre de fiction ou une oeuvre poétique."
Mais, cette posture androgyne doit aborder l'écriture dans un certain esprit : on n'écrit pas en cherchant la gloire, ni en se projetant dans l'avenir pour savoir quelle postérité aura nos œuvres mais bien avec "la liberté de penser les choses en elles-mêmes" conçue comme une vraie délivrance. L'écriture ne sert pas à convaincre, à persuader ou à faire effet sur qui que ce soit mais elle vaut en elle-même sa propre valeur. L'écriture, c'est tout simplement se faire plaisir et faire de ce plaisir sa philosophie de vie et ne jamais se laisser décourager dans sa tâche :


"Ecrivez ce que vous désirez écrire, c’est tout ce qui importe, et nul ne peut prévoir si cela importera pendant des siècles ou pendant des jours. Mais sacrifier un cheveu de la tête de votre vision, une nuance de sa couleur, par déférence envers quelque maître d’école tenant une coupe d’argent à la main ou envers quelque professeur armé d’un mètre, c’est commettre la plus abjecte des trahisons." 

« "Ne songez pas à influencer les autres ", voilà ce que j’aimerais vous dire si je savais comment donner à ces mots une sonorité exaltante. Pensez aux choses en elles-mêmes. »
Après avoir lu Une chambre à soi, on a envie de relever le défi que Virginia Woolf nous lance et de commencer tout de suite à écrire, ou de continuer, pour ne jamais, jamais s'arrêter dans notre chambre à soi fermée à double tours.

Où se procurer Une chambre à soi




Une chambre à soi de Virginia Woolf
10/18 - 171p.
EUR 5, 80

Disponible sous le titre Une pièce bien à soi
Rivages - EUR 6, 70



Une chambre à soi de Virginia Woolf est ma troisième contribution au Challenge Virginia Woolf chez Lou et ma cinquième contribution au mois anglais chez Lou et Titine.


Lecture Commune avec Claudia Lucia qui lit "La robe neuve" et "La dame au miroir", deux nouvelles de Virginia Woolf.

Amis anglophiles, le mois anglais is coming !

Bouteille jetée par Alex , mardi 28 mai 2013 18:27

“And let them pass, as they will too soon, 
With the bean-flowers' boon,  
And the blackbird's tune,  
And May, and June!" 
Robert Browning  


Vous vous en souvenez peut-être, l'an dernier en juin était célébré le jubilé de diamant de la reine Elizabeth II et cette année, hasard du calendrier, le mois de juin sera  le mois anglais, organisé par Lou et Titine ! Le principe est simple : faire de juin un mois so british en privilégiant des lectures d'auteurs anglais ou dont l'intrigue se déroule en Angleterre. En tant qu'anglophile, je ne pouvais pas rater ça ! 

Mais comme l'Angleterre regorge de talents en dehors de ses écrivains, le mois de juin ne serait pas anglais sans regarder de bons films et de bonnes séries britanniques (pourquoi pas revoir pour la dixième fois l'adaptation de North & South ou de Jane Eyre ?), flâner dans de beaux jardins à l'anglaise ou dans une expo, tester des recettes typiques (car les Anglais savent cuisiner, non mais !) ou préparer un vrai tea time ! Et si vous avez la chance de prendre le ferry ou l'Eurostar en juin, n'hésitez pas à raconter votre voyage et surtout de montrer vos plus belles photos ! Et bien sûr, ça n'inclue pas les nombreuses belles surprises que le mois anglais nous réservera ! 


Je ne suis pas très douée en planification comme mon dernier programme de lecture peut le rappeler, mais je vous présente tout de même mon programme de choc pour ce mois anglais, volontairement très large. Je suis bien sûr ouverte à toute lecture commune si un de mes choix vous fait envie vu que le mois anglais est fait pour être un moment de partage !

Coté Lecture :


Les Forestiers de Thomas Hardy
Labyrinthe de Kate Mosse

Poèmes portugais de Elizabeth Browning 
Pierre de Lune de Wilkie Collins
Les Confessions de Mr Harrison d'Elizabeth Gaskell



Sépulcre de Kate Mosse
The Importance of Being Earnest d'Oscar Wilde (Théâtre)
Une folie meurtrière de P.D James

Agnès Grey d'Anne Brontë
- L'homme invisible de H.G Wells
Le mystère d'Edwin Drood de Charles Dickens




Villette de Charlotte Brontë
A Study in Scarlet d'Arthur Conan Doyle

- Heart of Darkness de Joseph Conrad
- Dommage qu'elle soit une putain (Théâtre) de John Ford




Il y a déjà des lectures communes prévues comme :

Le 5 juin : Les Forestiers de Thomas Hardy pour Cléanthe et Lou. Je vais essayé de participer à celle-ci, peut-être avec un autre livre plus court de Hardy comme Les contes du Wessex. 
Le 8 juin : Dark island de Vita Sackville-West pour ElizaShelbylee et Titine
L’affaire de Road Hill House de Kate Summerscale pour Lou, Miss LéoLisou, Val et Titine.
Une autre histoire de Londres de Boris Johnson pour Maggie et Titine
- Un livre au choix de Barbara Pym pour Lou et Titine
- Un livre au choix d’Agatha Christie pour Enna, Karine:)Lydia et plein d’autres !

Coté films et séries :


Hamlet de Kenneth Branagh
- Le crime était presque parfait d'Alfred Hitchcock
Sueurs froides d'Alfred Hitchcock 
- Snatch de Guy Ritchie
- The Ghost Writer de Roman Polanski 
- De grandes espérances de Mike Newell (2012)
- A Room with a view de James Ivory
Maurice de James Ivory
Tamara Drewe de Stephen Frears


- Les adaptations de Jane Austen que je n'ai pas encore vu : au choix Northanger Abbey, Mansfield Park (1999, 2007), Emma (1995, 2009), Sense & Sensibility (2008) et Persuasion (2007)
- Upstairs, Downstairs (2010)
- Brideshead Revisited  (2008)
- Little Miss Dorrit 
- Cranford
- The Hour (2011)


Coté cuisine :


Chez Méloë, il y a une super page spécialement conçue pour les anglophiles avec entre autres plusieurs recettes de cuisine anglaises (principalement des douceurs sucrées) que je compte bien essayet en juin ! Ce qui est génial, c'est qu'elle raconte toujours un peu des anecdotes historiques sur ces recettes.La dernière en date, c'est l'Eton Mess à base de fraises, de meringue et de crème chantilly maison. Ça a l'air d'être un régal et très facile à réaliser !

Coté expos :


Pour l'instant, je n'ai qu'en vue L'ange du bizarre au musée d'Orsay mais, en cherchant plus, il doit y avoir des tas de choses à voir qui touchent de près ou de loin nos amis anglais ! Si vous avez des suggestions, je suis preneuse ! 

Alors, tenté(e)s ? :)

By the way, n'oubliez pas que vous pourrez voir Parade's End les 7 et 14 juin sur Arte à 20h50 à l'occasion du mois anglais !


Au programme & Lectures communes

Bouteille jetée par Alex , jeudi 10 janvier 2013 22:16

Abbie Cornish - Bright Star

L'autre jour, j'ai voulu faire un rapide récapitulatif de mes challenges en cours dans la nouvelle rubrique « Challenges » en haut de page. Je n'ai pu que remarquer, un peu honteusement, que mon bilan à mi-chemin n'était pas très glorieux. Ce n'est pas non plus un drame puisque je ne vois pas la lecture comme une course. Ces challenges sont avant tout là pour nous motiver un peu, par exemple à lire des genres inhabituels (comme les polars pour moi), ou pour répondre à nos envies de lecture un peu passionnelles comme Virginia Woolf dernièrement.

Pas de panique donc ! Ça m'a toutefois donnée envie d'innover dans ma façon de lire et de chroniquer en concoctant un petit programme de lecture pour les mois à venir. Comme tous les plannings, rien n'est vraiment définitif mais ça me permettra d'être plus constante et de mieux savoir où j'en suis et ce que je veux lire à l'occasion des challenges et pour mon propre plaisir.

A l'aide de ce « programme », je pense que cela pourra aussi faciliter des moments de partage, pourquoi pas à l'occasion de lectures communes. J'ai délibérément choisi de faire les choses en grand en prévoyant un programme au long terme au moins jusqu'en août afin de pouvoir mieux organiser la chose. Ainsi, avec les titres d'ouvrages qui suivent, n'hésitez pas à faire votre petit marché si la lecture avec moi de l'un ou l'autre vous fait envie ! Si l'idée vous tente, vous pouvez m'en parler rapidement en laissant un commentaire en bas de cet article ou plus longuement par courriel à l'adresse suivante : bottleinasea@gmail.com. Cela peut se faire dès ce mois-ci (même si la mi-janvier arrive vite ou dès le mois prochain !

Voilà la bête :

Janvier 2013

- A Study in Scarlet d'Arthur Conan Doyle
- The Importance of Being Earnest d'Oscar Wilde
- Daisy Miller d'Henry James




Février 2013

- Pauvre Miss Finch de Wilkie Collins
- Une chambre à soi de Virginia Woolf
- Une rose pour Emily et autres nouvelles de William Faulkner
- Snobs de Julian Fellowes



Mars 2013
- Une folie meurtière de P.D James
- Le temps de l'innocence d'Edith Wharthon






Avril 2013

- The Scarlet Letter de Nathaniel Hawthorne
- Adieu Gloria de Megan Abbott
- Mrs Dalloway de Virginia Woolf (VO)
- Agnès Grey d'Anne Brontë



Mai 2013

- La métamorphose de Franz Kafka
- Flush de Virginia Woolf
- Colline de Jean Giono
Villette de Charlotte Brontë



Juin 2013

- Ulysse de James Joyce
Le club des policiers yiddish de Michael Chabon 
Le chien des Baskerville d'Arthur Conan  Doyle
Le mystère d'Edwin Drood de Charles Dickens


Juillet 2013

Pierre de Lune de Wilkie Collins
- The Hours de Michael Cunningham
Sept hivers à Dublin d'Elizabeth Bowen
- Vie et destin de Vassili Grossman
- Les Forestiers de Thomas Hardy




Août 2013

- La compagnie blanche d'Arthur Conan Doyle
Moby Dick d'Herman Melville
- La dame en blanc de Wilkie Collins
L'adolescent de Fiodor Dostoievski
- Le Docteur Faustus de Thomas Mann





Lectures communes :

- 15 mars : Cranford d'Elizabeth Gaskell avec George, Lou, Virgule, Valou, Céline, Emma, Solenn, SharonPaulana, Emily & Titine.

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