C'est la carte des flots faite dans la tempête, La carte de l'écueil qui va briser sa tête : Aux voyageurs futurs sublime testament.
"- Ci-joint est mon journal, portant quelques études Des constellations des hautes latitudes. Qu'il aborde, si c'est la volonté de Dieu !"
ALFRED DE VIGNY
De l'Autre Coté de la Bouteille
# Bienvenue ô toi lecteur & internaute sur mon blog, La Bouteille à la Mer ! Sache que dans cette Dive Bouteille seront jetées, au gré du vent, sur le papier et à la mer, les bribes de mes lectures mais aussi de certaines de flâneries culturelles et bien d'autres balivernes pareilles. Si elle te parvient, ne la jette pas par terre, ça ne serait pas écolo du tout. #
# Coming Soon #
Mon RDV "Un mois, un extrait"
Soumettez-moi vos extraits et écrivez votre article en invité. Rdv Rubrique "Contact".
“The injustice of it is about perfect—the wrong people going hungry, the wrong people being loved, the wrong people dying… while the rest of the world is being blown to bits around us what matters — me, me me.” Jimmy Porter (Richard Burton) in Look back in Anger de Tony Richardson (1959)
Ça vous avez manqué ? Après près de mois mois d'absence faute de temps et d'inspiration, mon rendez-vous "Un mois, un extrait" est enfin de retour et, pour rendre hommage au mois anglais qui touche bientôt à sa fin (hélas !), je vais mettre à l'honneur non seulement un auteur anglais mais aussi un genre dont je ne parle pas assez souvent sur La Bouteille à la Mer, j'ai nommé : le théâtre !
Mais, comme d'habitude, pour ceux qui auraient raté les derniers épisodes, petite piqûre de rappel sur ce rendez-vous (normalement) mensuel où vous pouvez participer !
Qu'est-ce qu'"Un mois, un extrait" ?
C'est un rendez-vous mensuel que j'ai créé pour varier mes lectures et multiplier les moments de partage entre ceux qui me lisent et moi-même. Avant chaque premier du mois, il suffit de me contacter et de me faire parvenir vos idées soit par courriel (l'adresse est disponible dans la rubrique « Contact », voir en haut de page), soit en me laissant un commentaire en bas de ce billet ou sur la page Facebook de « La Bouteille à la Mer ».
Vous pourrez écrire votre propre article en invité ou, faute de temps à y consacrer, écrire un petit topo pour expliquer votre lien avec l'extrait en question et je me charge de mettre en forme un article où vous (et/ou votre blog) seront cités.Aucune obligation de posséder un blog ou d'être un(e) grand(e) spécialiste en littérature. C'est surtout le partage qui compte qui que vous soyez et quelques soient vos goûts. Je suis toujours curieuse de découvrir de nouvelles choses, de nouveaux genres et c'est l'occasion !
"Dans les épisodes précédents", "Un mois, un extrait" a fait découvrir :
Vous pouvez retrouver l'intégralité des articles et leurs extraits dans la rubrique "Un mois, un extrait"en haut de page.
J'ai parlé ici encore moins de théâtre anglais (ou de théâtre tout court) que de théâtre contemporain et ce n'est pas faute d'aimer le théâtre et suivre de près ou de loin les programmations culturelles chaque année. Mais faute de temps et de moyens, ce n'est pas possible d'assouvir systématiquement ma passion pour le théâtre.
Quand j'ai pensé vous parlé d'une pièce anglaise, j'ai bien sûr tout de suite songé à Shakespeare, notre maître à tous, mais à mon habitude, j'aime sortir des sentiers battus ce qui m'a demandé un peu de recherche pour trouver un dramaturge anglais et contemporain qui pourrait satisfaire mes goûts.
John OSBORNE
C'est ainsi que j'ai porté mon choix sur John Osborne et sa pièce Look Back in Anger (1956), traduite en français (et c'est de circonstance aujourd'hui !) : La Paix du dimanche. John Osborne (1929-1994) fait partie de cette génération d'auteurs appelés par la critique de "Angry Young Men" (les jeunes gens en colère) qui contre le snobisme, le maniérisme et l'art pour l'art de la génération précédente, affirme une esthétique volontairement hyper-réaliste et concrète, proche du quotidien, et critique d'un regard cynique et désabusé la société des années 40-50 du point de vue d'auteurs aux origines généralement modestes et de la classe travailleuse.
Richard Burton (Jimmy) & Mary Ure (Allison) in Look Back in Anger (1959)
Quoi de mieux que le théâtre pour mettre en oeuvre cette critique acerbe ? La place du quotidien, de la routine a une grande place dans Look Back in Anger puisque l'action se situe dans un appartement modeste, celui de Jimmy et Allison Porter en compagnie de l'ami et associé de Jimmy, Cliff Lewis, un dimanche en pleine lecture des journaux quotidiens pendant qu'Allison repasse. Quoi de plus ennuyeux qu'un dimanche ? Cette monotonie du quotidien, c'est justement ce qui met en colère Jimmy, un parfait anti-héros plein de ressentiment contre la société, contre la bourgeoisie (dont est issue sa femme), contre Allison si calme, si passive et finalement contre lui-même, lui qui se considère comme une cause perdue.
Richard Burton (Jimmy)
Voilà ce qui anime Jimmy, la colère. Ça n'en fait pas un personnage sympathique mais pas non plus antipathique. A vrai dire, il nous ressemble trop pour le traiter seulement d'enfoiré lui qui pousse à bout sa femme, qui la rabaisse, qui en vient même par accident à la blesser, qui critique son beau père le colonel et sa mentalité edwardienne. Quand on se regarde dans le miroir, on est tous à un moment donné en colère contre tout et tous et surtout contre nous-même. Au milieu de tout ça, il y a Cliff qui essaye tant bien que mal d'apaiser tout le monde, de défendre Allison, de remettre à sa place Jimmy, d'essayer que ce couple recolle les morceaux. En fin de compte, c'est lui "la paix du dimanche". Est-ce que cette paix sera retrouvée à la fin de la pièce ? A vous de le découvrir en lisant Look Back in Anger mais avant ça, laissez-vous tenter par cet extrait qui met en scène Jimmy dans toute sa splendeur, à savoir, une colère totale qui ferait presque passer Achille pour un amateur du dimanche !
Look Back in Anger (La paix du dimanche) de John Osborne - Extrait de l'Acte I
JIMMY: Why do I do this every Sunday? Even the book reviews seem to be the same as lastweek's. Different books—same reviews. Have you finished that one yet?
CLIFF: Not yet.
JIMMY: I've just read three whole columns on the English Novel. Half of it's in French. Do the Sunday papers make you feel ignorant?
CLIFF: Not 'arf.
JIMMY: Well, you are ignorant. You're just a peasant. (To Alison.) What about you? You're not a peasant are you?
ALISON: (absently). What's that?
JIMMY: I said do the papers make you feel you're not so brilliant after all?
ALISON: Oh—I haven't read them yet.
JIMMY: I didn't ask you that. I said—
CLIFF: Leave the poor girlie alone. She's busy.
JIMMY: Well, she can talk, can't she? You can talk, can't you? You can express an opinion. Or does the White Woman's Burden make it impossible to think?
ALISON: I'm sorry. I wasn't listening properly.
JIMMY: You bet you weren't listening. Old Porter talks, and everyone turns over and goes to sleep. And Mrs. Porter gets 'em all going with the first yawn.
CLIFF: Leave her alone, I said.
JIMMY: (shouting). All right, dear. Go back to sleep. It was only me talking. You know? Talking? Remember? I'm sorry.
CLIFF: Stop yelling. I'm trying to read.
JIMMY: Why do you bother? You can't understand a word of it.
CLIFF: Uh huh.
JIMMY: You're too ignorant.
CLIFF: Yes, and uneducated. Now shut up, will you?
JIMMY: Why don't you get my wife to explain it to you? She's educated. (To her.) That's right, isn't it?
CLIFF: (kicking out at him from behind his paper). Leave her alone, I said.
JIMMY: Do that again, you Welsh ruffian, and I'll pull your ears off.
He bangs Cliff's paper out of his hands.
CLIFF: (leaning forward). Listen—I'm trying to better myself. Let me get on with it, you big, horrible man. Give it me. (Puts his hand out for paper.)
ALISON: Oh, give it to him, Jimmy, for heaven's sake! I can't think!
CLIFF: Yes, come on, give me the paper. She can't think.
JIMMY: Can't think! (Throws the paper back at him.) She hasn't had a thought for years! Have you?
ALISON: No.
(...)
CLIFF: Give me a cigarette, will you?
JIMMY (to Allison) : Don't give him one.
CLIFF: I can't stand the stink of that old pipe any longer. I must have a cigarette.
JIMMY: I thought the doctor said no cigarettes?
CLIFF: Oh, why doesn't he shut up?
JIMMY: All right. They're your ulcers. Go ahead, and have a bellyache, if that's what you want. I give up. I give up. I'm sick of doing things for people. And all for what? Alison gives Cliff a cigarette. They both light up, and she goes on with her ironing. Nobody thinks, nobody cares. No beliefs, no convictions and no enthusiasm. Just another Sunday evening.
Cliff sits down again, in his pullover and shorts.
Perhaps there's a concert on. (Picks up Radio Times) Ah. (Nudges Cliff with his foot.) Make some more tea. Cliff grunts. He is reading again. Oh, yes. There's a Vaughan Williams. Well, that's something, anyway. Something strong, something simple, something English. I suppose people like me aren't supposed to be very patriotic. Somebody said—what was it— we get our cooking from Paris (that's a laugh), our politics from Moscow, and our morals from Port Said. Something like that, anyway. Who was it? (Pause.) Well, you wouldn't know anyway. I hate to admit it, but I think I can understand how her Daddy must have felt when he came back from India, after all those years away. The old Edwardian brigade do make their brief little world look pretty tempting. All homemade cakes and croquet, bright ideas, bright uniforms. Always the same picture: high summer, the long days in the sun, slim volumes of verse, crisp linen, the smell of starch. What a romantic picture. Phoney too, of course. It must have rained sometimes. Still, even I regret it somehow, phoney or not. If you've no world of your own, it's rather pleasant to regret the passing of someone else's. I must be getting sentimental. But I must say it's pretty dreary living in the American Age—unless you're an American of course. Perhaps all our children will be Americans. That's a thought isn't it? He gives Cliff a kick, and shouts at him. I said that's a thought!
(...)
JIMMY: (moving in between them). Have you ever seen her brother? Brother Nigel? The straight-backed, chinless wonder from Sandhurst? I only met him once myself. He asked me to step outside when I told his mother she was evil minded.
CLIFF: And did you?
JIMMY: Certainly not. He's a big chap. Well, you've never heard so many well-bred commonplaces come from beneath the same bowler hat. The Platitude from Outer Space—that's brother Nigel. He'll end up in the Cabinet one day, make no mistake. But somewhere at the back of that mind is the vague knowledge that he and his pals have been plundering and fooling everybody for generations. (Going upstage, and turning.) Now Nigel is just about as vague as you can get without being actually invisible. And invisible politicians aren't much use to anyone—not even to his supporters! And nothing is more vague about Nigel than his knowledge. His knowledge of life and ordinary human beings is so hazy, he really deserves some sort of decoration for it— a medal inscribed "For Vaguery in the Field". But it wouldn't do for him to be troubled by any stabs of conscience, however vague. (Moving down again.) Besides, he's a patriot and an Englishman, and he doesn't like the idea that he may have been selling out his countryman all these years, so what does he do? The only thing he can do—seek sanctuary in his own stupidity. The only way to keep things as much like they always have been as possible, is to make any alternative too much for your poor, tiny brain to grasp. It takes some doing nowadays. It really does. But they knew all about character building at Nigel's school, and he'll make it all right. Don't you worry, he'll make it. And, what's more, he'll do it better than anybody else!
There is no sound, only the plod of Alison's iron. Her eyes are fixed on what she is doing. Cliff stares at the floor. His cheerfulness has deserted him for the moment. Jimmy is rather shakily triumphant. He cannot allow himself to look at either of them to catch their response to his rhetoric, so he moves across to the window, to recover himself, and look out. It's started to rain. That's all it needs. This room and the rain. He's been cheated out of his response, but he's got to draw blood somehow.
Jude Law & Stephen Fry (Alfred Douglas & Oscar Wilde dans Oscar Wilde)
"I am one of those who are made for exceptions, not for laws." (Oscar Wilde, De profundis)
JoyeuseSaint-Patrick !
Pour l'occasion, "Un mois, un extrait" prend ce mois-ci les couleurs de l'Irlande en mettant à l'honneur Oscar Wilde, l'un de mes auteurs fétiches qui fait partie avec James Joyce des plus célèbres auteurs irlandais.
Petite piqûre de rappel sur ce rendez-vous mensuel sur mon blog:
Qu'est-ce qu'"Un mois, un extrait" ?
C'est un rendez-vous mensuel que j'ai créé pour varier mes lectures et multiplier les moments de partage entre ceux qui me lisent et moi-même. Avant chaque premier du mois, il suffit de me contacter et de me faire parvenir vos idées soit par courriel (l'adresse est disponible dans la rubrique « Contact », voir en haut de page), soit me laisser un commentaire en bas de ce billet ou sur la page Facebook de « La Bouteille à la Mer ».
Vous pourrez écrire votre propre article en invité. Aucune obligation de posséder un blog ou d'être un(e) grand(e) spécialiste en littérature. C'est surtout le partage qui compte qui que vous soyez et quelques soient vos goûts. Je suis toujours curieuse de découvrir de nouvelles choses, de nouveaux genres et c'est l'occasion !
"Dans les épisodes précédents", "Un mois, un extrait" a fait découvrir :
Vous pouvez retrouver l'intégralité des articles et leurs extraits dans la rubrique "Un mois, un extrait" en haut de page L'extrait qui va suivre est tiré de la lettre écrite par Oscar Wilde à son amant Alfred Douglas, mieux connue sous le titre De profundis, écrite dans sa geôle dans la prison de Reading. C'est plus ou moins à l'identique le texte que j'ai dû traduire et commenter il y a deux ans à l'épreuve d'anglais de l'ENS de la rue d'Ulm. Une fois n'est pas coutume, je l'ai laissé tel quel en anglais ce qui restitue mieux l'expressivité de cette lettre.
Ces quelques lignes traduisent ce qui se joue dans l'expérience de la prison et de ses effets une fois sa libération acquise. L'imminence de la liberté telle qu'Oscar Wilde l'entrevoit, loin d'être idéalisée, est regardée en face non seulement pour la masse des inconnus incarcérés mais surtout pour celui qui, après avoir été réduit à n'être qu'un homme comme les autres parmi les gens du commun, ne pourra pas passer inaperçu une fois dehors. La satire sociale dénonce dans quel état d'abandon la société laisse les anciens détenus, sans égard au mal infligé.
Mais, Wilde fait forcément exception. Face à la destruction, la bêtise et la méchanceté du dehors, c'est par la création et l'art qu'il pourra atteindre sa véritable libération. Se reconstruire passe par là où l'artiste et l'homme qui a souffert, la perfection et l'imperfection ne feront qu'un.
Étrangement, ce témoignage sur l'expérience carcérale entre en résonance avec une programmation sur la prison toute une journée sur France Culture qui avait pour thème "24h en prison: Surveiller, punir... et après ?" et qui m'avait beaucoup touché. Si vous l'avez raté, et que le sujet vous intéresse, vous pouvez toujours podcaster les émissions de cette journée sur le site de France Culture, notamment un entretien avec Gabriel Mouesca, un militant indépendantiste basque qui a passé 17 ans en prison pour ses idées.
Oscar WILDE - De Profundis
Oscar Wilde
« Many men on their
release carry their prison about with them into the air, and hide it
as a secret disgrace in their hearts, and at length, like poor
poisoned things, creep into some hole and die. It is wretched that
they should have to do so, and it is wrong, terribly wrong, of
society that it should force them to do so. Society takes upon itself
the right to inflict appalling punishment on the individual, but it
also as the supreme vice of shallowness, and fails to realise what it
has done. When the man’s punishment is over, it leaves him to
himself; that is to say, it abandons him at the very moment when its
highest duty towards him begins. It is really ashamed of its own
actions, and shuns those whom it has punished, as people shun a
creditor whose debt they cannot pay, or one on whom they have
inflicted an irreparable, an irremediable wrong. I can claim on my
side that if I realise what I have suffered, society should realise
what it has inflicted on me; and that there should be no bitterness
or hate on either side.
Alfred Douglas
Of course I know that
from one point of view things will be made different for me
than for others; must indeed, by the very nature of the case, be made
so. The poor thieves and outcasts who are imprisoned here with me are
in many respects more fortunate than I am. The little way in grey
city or green field that saw their sin is small; to find those who
know nothing of what they have done they need go no further than a
bird might fly between the twilight and the dawn; but for me the
world is shrivelled to a handsbreadth, and everywhere I turn my name
is written on the rocks in lead. For I have come, not from obscurity
into the momentary notoriety of crime, but from a sort of eternity of
fame to a sort of eternity of infamy, and sometimes seem to myself to
have shown, if indeed it required showing, that between the famous
and the infamous there is but one step, if as much as one.
Still, in the very fact
that people will recognise me wherever I go, and know all about my
life, as far as its follies go, I can discern something good for me.
It will force on me the necessity of again asserting myself as an
artist, and as soon as I possibly can. If I can produce only one
beautiful work of art I shall be able to rob malice of its venom, and
cowardice of its sneer, and to pluck out the tongue of scorn by the
roots.
And if life be, as it
surely is, a problem to me, I am no less a problem to life. People
must adopt some attitude towards me, and so pass judgment, both on
themselves and me. I need not say I am not talking of particular
individuals. The only people I would care to be with now are artists
and people who have suffered: those who know what beauty is, and
those who know what sorrow is: nobody else interests me. Nor am I
making any demands on life. In all that I have said I am simply
concerned with my own mental attitude towards life as a whole; and I
feel that not to be ashamed of having been punished is one of the
first points I must attain to, for the sake of my own perfection, and
because I am so imperfect. »
Où se procurer De profundis ?
Vous pouvez lire cette lettre dans son intégralité en français dans son édition GF pour EUR 6, 65 et en langue originale pour EUR 3, 76.
« Nous avions appris de Chardin qu'une poire est aussi vivante qu'une femme, qu'une poterie vulgaire est aussi belle qu'une pierre précieuse. II nous avait fait sortir d'un faux idéal pour pénétrer largement dans la réalité, pour y retrouver partout la beauté, non plus prisonnière affaiblie d'une convention ou d'un faux goût, mais libre, forte, universelle : en nous ouvrant le monde réel, c'est sur la mer de beauté qu'il nous entraîne. »
Qu'est-ce qu'"Un mois, un extrait" ?
C'est un rendez-vous mensuel que j'ai créé pour varier mes lectures et multiplier les moments de partage entre ceux qui me lisent et moi-même. Avant chaque premier du mois, il suffit de me contacter et de me faire parvenir vos idées soit par courriel (l'adresse est disponible dans la rubrique « Contact », voir en haut de page), soit me laisser un commentaire en bas de ce billet ou sur la page Facebook de « La Bouteille à la Mer ».
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"Dans les épisodes précédents", "Un mois, un extrait" a fait découvrir :
#5: "Un plaisant" in Le Spleen de Paris de Charles BAUDELAIRE
Vous pouvez retrouver l'intégralité des articles et leurs extraits dans la rubrique "Un mois, un extrait" en haut de page Ce mois-ci, ce rendez-vous "Un mois, un extrait"a pris un peu de retard mais le voilà de retour avec Marcel Proust, autant dire que ça valait la peine d'attendre, n'est-ce-pas ? A dire vrai, ce n'est pas vraiment Proust qui sera mis à l'honneur (malgré toute l'admiration que j'ai pour l'homme et son oeuvre) mais plutôt la peinture et une de ses conceptions de l'art à travers l'oeuvre d'un autre : Jean-Siméon Chardin. J'ai connu et aimé Chardin la première fois que je suis allée au Louvre grâce aux commentaires qu'en fait Diderot dans ses Salons. Le réalisme de ses peintures ne peut pas nous laisser indifférent même si les "natures mortes" et les scènes de genre sont surement moins populaires que d'autres thèmes quand on aime la peinture. Pourtant, on sent que quelque chose se passe chez Chardin: le temps, presque suspendu, c'est un instantané de vie qui nous est montré, une vie simple, loin du maniérisme. En vérité, Chardin est un maître à voir : ils nous apprend à bien regarder le monde et, à travers ses tableaux, à le voir sous un nouveau jour à tel point qu'art et réalité viennent à se confondre. C'est par l'écriture, une autre forme d'art, que Proust veut révéler ce pouvoir de l'art de transfigurer le monde, d'en redonner le goût même dans ses aspects les plus prosaïques ce qui est assez inattendu pour quelqu'un réputé pour être un fieffé dandy et un homme du monde.
Chardin et Rembrandt de Marcel PROUST
Jean-Siméon CHARDIN, Le buffet
« Prenez un jeune homme de fortune modeste, aux goûts artistes, assis dans la salle à manger au moment banal et triste où l'on vient de finir de déjeuner et où la table n'est pas encore complètement desservie. L'imagination pleine de la gloire des musées, des cathédrales, de la mer, des montagnes, c'est avec malaise et ennui, avec une sensation proche de l’écœurement, un sentiment voisin du spleen, qu'il voit un dernier couteau traîner sur la nappe à demi relevée, qui pend jusqu'à terre, à coté d'un reste de côtelette saignante et fade. Sur le buffet un peu de soleil, en touchant gaiement le verre d'eau que des lèvres désaltérées ont laissé presque plein, accentue cruellement comme un rire ironique, la banalité traditionnelle de ce spectacle inesthétique. (…) Il maudit cette laideur ambiante, et honteux d'être resté un quart d'heure à en éprouvé non pas la honte mais le dégoût et comme la fascination il se lève et s'il ne peut pas prendre le train pour la Hollande ou pour l'Italie, va chercher au Louvre des visions de palais à la Véronèse, des princes à la Van Dyck, des ports à la Claude Lorrain, que ce soir viendra de nouveau ternir et exaspérer le retour dans leur cadre familier des scènes journalières.
Claude LORRAIN, Le débarquement de Cléopâtre à Tarse
La mère laborieuse
Si je connaissais ce jeune homme, je ne le détournerais pas d'aller au Louvre et je l'y accompagnerais plutôt ; mais le menant dans la galerie La Caze et dans la galerie des peintres français du XVIIIe siècle, ou dans telle autre galerie française je l'arrêterais devant les Chardin. Et quand il serait ébloui de cette peinture opulente de ce qu'il appelait la médiocrité de cette peinture savoureuse d'une vie qu'il trouvait insipide, de ce grand art d'une nature qu'il croyait mesquine, je lui dirais : Vous êtes heureux ? Pourtant qu'avez-vous vu là ? qu'une bourgeoise aisée montrant à sa fille les fautes qu'elle a faites dans sa tapisserie (La mère laborieuse), une femme qui porte des pains (La Pourvoyeuse), un intérieur de cuisine où un chat vivant marche sur des huîtres, tandis qu'une raie morte pend aux murs, un buffet déjà à demi dégarni avec des couteaux qui traînent sur la nappe (Fruits et Animaux), moins encore, des objets de table ou de cuisine, non pas seulement ceux qui sont jolis, comme des chocolatières en porcelaine de Saxe (Ustensiles variés), mais ceux qui vous semblent le plus laids, un couvercle reluisant, les pots de toute forme et toute matière (La Salière, L'Écumoire), les spectacles qui vous répugnent, poissons morts qui traînent sur la table (dans le tableau de La Raie), et les spectacles qui vous écœurent, des verres à demi vidés et trop de verres pleins (Fruits et Animaux).
La pourvoyeuse
Le plaisir que vous donne sa peinture d'une chambre où l'on coud, d'une office. d'une cuisine. d'un buffet, c'est, saisi au passage. dégagé de l'instant, approfondi. éternisé. le plaisir que lui donnait la vue d'un buffet, d'une cuisine. d'une office, d'une chambre où l'on coud. Ils sont si inséparables l'un de l'autre que. s'il n'a pu s'en tenir au premier et qu'il a voulu se donner et donner aux autres le second, vous ne pourrez pas vous en tenir au second, vous reviendrez forcément au premier. Vous l’éprouviez déjà inconsciemment ce plaisir que donne le spectacle de la vie humble et de la nature morte, sans cela il ne se serait pas levé dans votre cœur, quand Chardin avec son langage impératif et brillant est venu l'appeler. Votre conscience était trop inerte pour descendre jusqu'à lui. Il a dû attendre que Chardln vint le prendre en vous pour l'élever jusqu'à elle. Alors, vous l'avez reconnu et pour la première fois vous l'avez goûté. Si en regardant un Chardin, vous pouvez vous dire : cela est intime, est confortable, est vivant comme une cuisine, en vous promenant dans une cuisine. vous direz : cela est beau comme un Chardin. »
Jean-Siméon CHARDIN, Le bocal d'olives.
Où se le procurer ?
Pour lire dans son intégralité cet essai de Marcel Proust Chardin et Rembrandt, il faudra compter EUR 10, 54 dans son édition "Le bruit du temps".
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"Dans les épisodes précédents", "Un mois, un extrait" a fait découvrir :
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Ce
mois-ci, j'ai été inspirée par les traditionnels vœux de bonne
année. C'est le passage obligé après les fêtes et pendant un
mois, ce moment est toujours assez délicat. On peut pécher parfois
par manque d'originalité ou de créativité. En un mot, les vœux de
bonne année n'auraient rien d'un exercice littéraire !
Ce
n'est pas le cas chez Baudelaire dans son poème en prose « Un
plaisant » dans Le Spleen de Paris. Baudelaire y narre une anecdote déplaisante le
soir de la Saint-Sylvestre au coeur de Paris avec l'ironie et le mordant qui le
caractérise. Si la tradition est banalement respectée avec des vœux
apparemment anodins (« Je vous la souhaite bonne et heureuse ! »), elle est d'autant mieux détournée pour le bien de la critique. Quel en est l'objet ? Ou plutôt qui ?
C'est "l'esprit de la France"incarné
par les personnages de l'anecdote. Baudelaire, qui se pose en
observateur critique, y voit l’œuvre de la bêtise, de la « complaisance » chez ceux qui suivent une tradition à la lettre au point de souhaiter la bonne
année à n'importe qui, même à un âne...
Charles BAUDELAIRE
Le Spleen de Paris ou Petits poèmes en prose
IV - UN PLAISANT
C’était l’explosion du nouvel an : chaos de boue et de neige, traversé de mille carrosses, étincelant de joujoux et de bonbons, grouillant de cupidités et de désespoirs, délire officiel d’une grande ville fait pour troubler le cerveau du solitaire le plus fort.
Au milieu de ce tohu-bohu et de ce vacarme, un âne trottait vivement, harcelé par un malotru armé d’un fouet.
Comme l’âne allait tourner l’angle d’un trottoir, un beau monsieur ganté, verni, cruellement cravaté et emprisonné dans des habits tout neufs, s’inclina cérémonieusement devant l’humble bête, et lui dit, en ôtant son chapeau : « Je vous la souhaite bonne et heureuse ! » puis se retourna vers je ne sais quels camarades avec un air de fatuité, comme pour les prier d’ajouter leur approbation à son contentement.
L’âne ne vit pas ce beau plaisant, et continua de courir avec zèle où l’appelait son devoir.
Pour moi, je fus pris subitement d’une incommensurable rage contre ce magnifique imbécile, qui me parut concentrer en lui tout l’esprit de la France.
Où se le procurer ?
Les Petits poèmes en prose (ou Le Spleen de Paris) est disponible en Pocket pour EUR 3, 04.
Claude MONET, La pie (1868-1869), Musée d'Orsay, Paris.
On
ne peut pas dire que j'ai été extrêmement présente ici le mois
dernier et, pourtant ce n'est pas faute de lire et de penser à « La
Bouteille à la Mer » et à vous. A défaut d'avoir le temps
pour l'instant d'en faire des billets digne de ce nom, voilà ce que
je lis, essaye de lire ou n'arrive pas à lire. Beaucoup de lectures
en suspens, en somme à cause des examens et du rendu des
mini-mémoires qui approchent...
Si
vous suivez ma page Facebook, vous savez déjà que j'ai commencé à
lire Le Trône de Fer
après avoir découverte la super série Game
of Thrones
adaptée des romans. J'en suis au second tome Le Donjon
rouge et même si je connais déjà l'intrigue et son issue (mwhahahaha !),
c'est toujours très agréable à lire.
En
même temps, j'ai entamé et rapidement abandonné (ce qui ne
m'arrive pas souvent!) Sir
Nigeld'Arthur Conan Doyle à la base pour mon challenge Cold Winter mais
surtout pour lire autre chose que les enquêtes de Sherlock Holmes
sous sa plume. J'en ai lu une centaine de pages et je dois dire que
je suis très déçue et que je me suis passablement ennuyée. C'est
une sorte de roman historique médiéval « à la Walter Scott »
sauf qu'on ne rentre pas dedans. Je m'attendais à plus d'humour,
plus d'aventures un peu dans le même esprit qu'une série que j'ai
adoré cet été Robin
des Bois.
Je ne désespère pas de continuer et d'avoir une bonne surprise mais
ça ne sera pas pour maintenant...
Guy de Gisborne (Richard Armitage) dans Robin des Bois (BBC) juste pour le plaisir.
Sinon,
je lis L’abîme
une court roman à quatre mains de Dickens et Wilkie Collins que j'ai
commencé tout de suite après ma déconvenue avec Conan Doyle et je
dois dire qu'on respire ! J'en suis au tout début alors je ne
peux pas encore juger de la qualité de l'intrigue mais le style est
bon et on entre facilement dans l'histoire d'un ancien orphelin de
l'ère victorienne devenu riche et respecté.... du moins pour
l'instant !
Après
ce bilan pas très productif, j'en reviens à l'actualité de mon
blog et à son rendez-vous mensuel, « Un mois, un extrait ».
Rendez-vous en fin de billet pour en savoir plus sur son but et la
marche à suivre pour y participer.
Ce mois-ci, j'aimerais mettre à
l'honneur de la poésie et celle de l'un des rares poètes contemporains que
j'apprécie : Francis Ponge. Suite à une discussion avec une
amie la semaine dernière, j'ai remarqué qu'il ne faisait pas
l'unanimité alors c'est d'autant plus une bonne raison d'en parler !
Mon
choix a été assez facile puisque ce poème est à la fois de circonstance
et mon préféré. J'en aime les images et leurs associations mais
aussi la trivialité qui se dégage de certaines comme autant de
césures, de contrastes à l'instar de son titre « Éclaircie
d'hiver ».
Ça n'a rien à voir avec ses autres poèmes, surtout ceux du Parti
pris des choses,
où n'importe quel objet (même une crevette, autant dire du grand n'importe quoi !) peut devenir
arbitrairement le sujet de son poème en prose. On sent plus d'unité
dans celui-ci, quelque chose de plus fondamental sans pourtant qu'on
perde de vue la sphère du quotidien, de l'immédiat, de la
spontanéité qui est parfois laissée de coté par la poésie.
Je vous laisse apprécier ! (ou pas)
Francis PONGE, "Éclaircie en hiver" in Pièces
Le bleu renaît du gris, comme la pulpe éjectée d’un raisin noir.
Toute l’atmosphère est comme un œil trop humide, où raisons et envie de pleuvoir ont momentanément disparu.
Mais l’averse a laissé partout des souvenirs qui servent au beau temps de miroirs.
Il y a quelque chose d’attendrissant dans cette liaison entre deux états d’humeur différente. Quelque chose de désarmant dans cet épanchement terminé.
Chaque flaque est alors comme une aile de papillon placée sous vitre. Mais il suffira d’une roue de passage pour en faire jaillir la boue.
Il faudra EUR 7, 60 pour vous procurer le recueil de Francis Ponge, Pièces pour vous laisser étonner ou tout simplement vous laisser faire.
Rappel : Qu'est-ce qu'"Un mois, un extrait" ?
Lire chaque mois un ou plusieurs extraits d'une oeuvre choisie par moi ou par vous ! Car, la subtilité, c'est que pouvez aussi en être les acteurs en m'envoyant tous les mois (et avant le premier du mois) un extrait de votre choix. Vous serez invitée à écrire votre propre article sur mon blog et ainsi de partager votre histoire et vos ressentis avec moi et toute la blogosphère ! :)
La démarche est a suivante : vous pouvez soit me faire parvenir vos idées par courriel (l'adresse est disponible dans la rubrique « Contact », voir en haut de page), soit me laisser un commentaire en bas de ce billet pour ensuite poursuivre la discussion dans autres eaux, soit le faire publiquement ou par Message Privé sur la page Facebook de « La Bouteille à la Mer ».
Aucune obligation de posséder un blog ou d'être un(e) grand(e) spécialiste en littérature. C'est surtout le partage qui compte qui que vous soyez et quelques soit vos goûts. Je suis toujours curieuse de découvrir de nouvelles choses, de nouveaux genres et c'est l'occasion !
"Dans les épisodes précédents", "Un mois, un extrait" a fait découvrir :
#1 : L'Idiot de Fiodor DOSTOÏEVSKI C'est mon roman de Dostoïevski préféré et ce passage est vraiment central pour comprendre la relation difficile qui unie les deux personnages principaux : le prince Mychkine et Rogojine.
#2 : Le Problème de la souffrance de Clive Staples Lewis. (exceptionnellement, sur ma page FB). On associe souvent C.S Lewis avec Narnia sans connaitre forcément ce qu'il a écrit à coté. Avec ce passage, c'est l'occasion de découvrir son style magnifique, légèrement lyrique parfois, mais accordé au thème qu'il aborde qui n'est ici pas la souffrance mais plutôt la "joie". #3 : La triste Fin du petit Enfant Huître et autres histoires de Tim Burton; La période d'Halloween et la Toussaint m'avait inspirée dans mon choix en vous présentant ce recueil de poèmes où l'enfance est désarmée par l'humour noir et la cruauté sans pour autant perdre toute pointe de sensibilité...
Tim Burton, La Triste fin du Petit enfant Huître et autres Histoires
L'univers de Tim Burton est à l'image des illustrations de La Triste Fin du petit Enfant Huître et autres histoires, ce petit recueil d'histoires grinçantes : à la fois noires et hautes en couleur. Cette juxtaposition chromatique me fait penser à l'affiche du film Ed Wood, à bien des égards l'un de mes Tim Burton préférés, un film en noir et blanc mais avec pourtant ce pull rose en couleur, d'autant plus burlesque et mis en valeur qu'il est le signe du goût d'Ed Wood pour se travestir en femme :
Affiche promotionnelle d'Ed Wood de Tim Burton.
Ce travestissement est justement le propre de l'univers de Tim Burton, qui se retrouve dans les thèmes abordés par ce recueil, où tout est échangé, déplacé et où se mêle en même temps et sur le même plan le noir et la couleur, la cruauté et la tendresse, le goût du macabre et de la poésie à tel point qu'on arrive plus à les dissocier, ce qui fait sûrement la beauté de ces histoires.
Les personnages sont presque tous des figures enfantines ou assez minuscules et minimalistes pour rappeler le monde de l'enfance. Pourtant, comme en lendemain d'Halloween et en ce jour de la Toussaint, où les déguisements qui nous font retomber en enfance et les pensées noires des adultes dirigées vers les êtres chers qui nous ont quittées s’entremêlent le monde de l'enfance n'est pas monochrome mais polymorphe à tel point que le monde de l'adulte n'est jamais loin.
Toutes les histoires abordent le monde de l'enfance, par exemple par le biais de la relation (difficile) avec les parents, des premiers amours, de la cruauté des enfants entre eux ou de la différence et tout cela est vu sous un mode cynique, voire cruel, mais paradoxalement drôle. Chaque histoire, à un moment ou à un autre, nous arrache un sourire soit à cause d'un jeu de mot (la disposition en rimes aidant), soit d'une situation ou tout simplement de la chute de l'histoire. Certes, toutes les histoires finissent plus ou moins mal mais pourtant, étant courtes, elles sont toutes attachantes, elles nous saisissent, et les personnages à peine esquissés (qu'on retrouve par moment d'une histoire à une autre) nous attirent à eux et nous poussent à regarder leur histoire en face (même si elle n'est pas très drôle) et finalement à nous regarder nous-même en face.
En ce 1er novembre, à l'occasion de ce nouveau "Un mois, un extrait" (voir en fin de billet pour un petit rappel de ce que c'est), le rendez-vous mensuel que je vous propose depuis deux mois pour découvrir et me faire découvrir des oeuvres par petits morceaux choisis, Tim Burton est mis à l'honneur.
J'aimerais vous donner envie de parcourir ce petit recueil de Tim Burton grâce à trois petites histoires qui m'ont plus touchées que les autres par leur profondeur ou par leur humour : "Stick Boy and Match Girl in Love" ("Brindille et Allumette amoureux"), "Stain Boy" ("Enfant Tache") et "The Melancholy Death of Oyster Boy" ("La triste fin du petit Enfant Huître"), plus longue que les autres mais elle en vaut la peine !) et qui a donné son titre au recueil.
"Stick Boy and Match Girl in Love" ("Brindille et Allumette amoureux")
Stick Boy like Match Girl,
he liked her a lot.
He liked her cute figure,
he thought she was hot.
Brindille aimait bien Allumette,
il l'aimait vraiment beaucoup,
il adorait sa jolie silhouette
et il la sentait chaude comme tout.
But could a flame ever burn
for a match and a stick ?
It did quite literally :
he burned up pretty quick.
Mais le feu de la passion peut-il être,
entre une brindille et une allumette ? Eh bien
oui, à la lettre :
il flamba comme rien.
"Stain Boy" ("Enfant Tache")
Of all the super heroes,
the strangest one by far,
doesn't have a special power
or drive a fancy car.
De tous les héros, super cotés,
le plus étrange, et de beaucoup,
n'a ni pou-
voir spécial, ni voiture tarabiscotée.
Next to Superman and Batman,
I guess he must seem tame,
But to me he is quite special,
And Stain Boy is his name.
A côté de Superman, de Batman et consorts,
j'imagine qu'il parait sans panache,
mais pour moi ils sort
de l'ordinaire, et son nom est Enfant Tache.
He can't fly around tall buildings,
Or outrun a speeding train,
The only talent he seems to have
Is to leave a nasty stain.
Il ne sait pas voler parmi les buildings,
ni dépasser des trains roulant à toute berzingue :
il semblerait que son seul talent dingue
soit de laisser des taches cradingues.
Sometimes I know it bothers him,
that he's can run or swim or fly,
and because of this one ability,
his dry-cleaning bill's sky-high.
Parfois je sens que ça le contrarie
de ne pouvoir foncer sur terre, sur mer, en altitude,
et, du fait de son unique aptitude,
ce qui monte jusqu'au ciel, c'est sa note de blanchisserie.
"The Melancholy Death of Oyster Boy" ("La triste fin du petit Enfant Huître")
En voici une version lue (en anglais) et en image avec la voix de Drew Fuccillo (très agréable à écouter) et produire par "The End Audio" et Roman Chimientiread.
He proposed in the dunes,
they were wed by the sea.
Il fit sa demande au milieu des dunes,
près de la mer, ils devinrent femme et mari.
their nine-day-long honeymoon
was on the isle of Capri.
Neuf jours dura leur lune
de miel, sur l'île de Capri.
For their supper, they had one spectacular dish -
a simmering stew of mollusks and fish.
And while he savored the broth
her bried's heart made a wish.
Au souper, ils eurent un plat grand luxe :
un ragoût mijoté de poissons et mollusques.
Pendant que du bouillon lui goûtait la saveur,
la jeune épousée fit un voeu dans son coeur.
That wish did come true - she gave birth to a baby.
But was this little one human ?
Well,
maybe.
Ce voeu devin réalité : elle eut un bébé.
Mais ce bébé était-il humain ?
Eh bé,
on ne sait point.
Ten fingers, ten toes,
he had plumbing and sight.
He could hear, he could feel,
but normal ?
Not quite.
this unnatural birth, this canker, this blight
was the start and the end and the sum of their plight.
Dix doigts, certes, et dix orteils -
tuyauterie interne en état - pour voir des oeils -
de quoi tâter - pour entendre, des oreilles -
Mais normal, sans men-
tir, pas vraiment.
Cette naissance contre nature, cette plaie, cet ulcère,
fut leur calvaire.
She railed at the doctor :
"He cannot be mine.
He smells of the ocean, and seaweed and brine."
La mère injuria le médecin :
"Je ne peux pas l'avoir porté dans mon sein.
Il sent l'océan, le varech, l'oursin."
"You should count yourself lucky, for only last week,
I treated a girl with three ears and a beak.
That your son is half oyster
you cannot blame me.
... have you considered, by chance,
a small home by the sea ?"
"Vous pouvez vous estimer heureuse : il y a quelques
jours, j'ai soigné une petite avec trois oreilles et un bec.
Si votre fils est une huître
m'en blâmer serait cuistre.
Pour vous loger, avez vous envisagé, d'aventure,
un endroit près de la mère... genre saumure ?"
Not knowing what to name him,
they just called him Sam,
or, sometimes,
"that thing that looks like a clam."
Everyone wondered, but no one could tell,
When would young Oyster Boy come out of his shell ?
Ne sachant trop quel nom donner à cet apôtre,
ils l'appelèrent juste Luc,
ou bien, de temps à autre,
" ce trucmuche aux allures de mollusque."
Tout le monde se demandait, mais qui
aurait su dire, quand donc il quitterait sa coquille.
When the Thompson quadruplers espied him one day
they called him a bivalve and ran quickly away.
Les quadruplés Thompson, un jour l'apercevant,
le traitèrent de bivalve et s'enfuirent comme le vent.
One spring afternoon,
Sam was left in the rain.
At the southwestern corner of Seaview and Main,
he watched the rain water as it swirled
down the drain.
Un après-midi de printemps,
Luc fut laissé sous une pluie battant.
Au coin sud-ouest des rues Marine et Principale,
il voyait l'eau du ciel s'engouffrant en spirale
dans un égout dégoûtant.
His mom on the freeway
in the breakdown lane
was pounding the dashboard -
she couldn't contain
the ver-risng grief
frustration
and pain.
Sur l'autoroute, celle qui l'engen-
dra, sa maman, sur la bande d'arrêt urgent
frappait le tableau de bord des poings
car supporter elle ne pouvait point
son chagrin crois-
sant - sa frustration, de surcroît -,
sa croix.
"Really, sweetheart," she said,
"I don't mean to make fun,
but something smells fishy
and I think is our son.
I don't like to say this, but it must be said,
you're blaming our son for your problems in bed."
"Franchement chéri, dit-elle à son mari,
sans plaisanterie,
cette histoire ne sent pas bon, à vrai dire le poisson,
et je crains que ça soit le fiston.
Je regrette d'en parler, mais ce doit être dit :
coupable ne le tiendrais-tu pas de tes problèmes de lit ?"
He tried salves, he tried ointments
that turned everything red.
He tried potions and lotions
and tincture of lead.
He ached and he itched and he twitched and he bled.
Il se frotta de baumes et d'onguents, il s'oignit
n'y gagnant que gerçures.
N'épargna ni potions ni lotions ni
plomb en teinture
Il souffrit, il saigna, se couvrit d'écorchures.
The doctor diagnosed,
"I can't be quite sure,
but the cause of the problem may also be the cure.
They say oysters improve your sexual powers.
Perhaps eating your son
would help you do it for hours!"
Le docteur ce discours lui tint :
"Difficile d'être certain,
mais la cause du mal n'en est-elle pas la cure ?
On dit les huîtres accroître le pouvoir d’effilure :
manger votre fils
vous aiderait peut-être à [...] des heures de file ?"
He came on tiptoe
he came on the sly,
sweat on his forehead
and on his lips - a lie.
" Son, are you happy ? I don't mean to pry,
but do you dream of Heaven?
Have you wanted to die ?
Le père vint à l'enfançon
d'une démarche de faux jeton,
la sueur mouillant son front,
aux lèvres un discours félon :
"Mon fils, es-tu heureux ? Sans indiscrétion,
rêves-tu quelques fois des célestes régions ?
T'es-tu jamais dit : "Mourrons" ?"
Sam blinked his eyes twice
but made no reply.
Dad fingered his knife and loosened his tie.
Par deux fois les yeux du marmot
cligna, mais ne pipa mot.
Papa palpa son coutelas, dégrafa son paletot.
As he picked up his son,
Sam dripped on his coat.
With the shell to his lips,
Sam slipped down his troat.
Quand il soulève Luc de sa couche,
l'enfant sur ses habits en gouttes se répand.
Ca y est, la coquille est au bord de la bouche
paternelle... hop ! Luc dans la gorge descend !
They buried him quickly in the sand by the sea
- sight a prayer, wept a tear -
and were back home by three.
A cross of gray driftwood marked Oyster Boy's grave.
Words writ in the sand
promised Jesus would save.
Près de la mer, vite ils l’enterrèrent, dans la profondeur
des sables - soupirèrent des prières, versèrent des pleurs -
et furent à la maison rentrés avant trois heures.
Des bois flottant à la dérive, une croix : la tombe du petit
Enfant Huître. Tracée sur le sable, la promesse du salut
de Jésus.
But his memory was lost with one high-ride wave.
Mais sa mémoire, à al première marée, se perdit.
Back home, safe in bed,
he kissed her and said,
"Let's give it a whirl."
A la maison, bien au chaud dans le lit,
le père embrassa la mère et dit :
"Allez, on essaie. On s'entortille et on frétille."
"But this time" she whispered, "we'll wish for a girl."
"D'accord, dit-elle. Mais cette fois, prions une fille."
Sur cette note joyeuse, je vous laisse profiter de ce jour férié. Puisse votre journée de la Toussaint être moins triste que "la triste fin du petit Enfant Huître" malgré le temps pluvieux (du moins chez moi :() ! J'espère que ces extraits, dans le cadre de mon "Un mois, un extrait", vous auront plu. Rendez-vous dans un mois ! ;)
Mon édition de La Triste fin du petit Enfant Huître et autres histoires de Tim Burton est l'édition spéciale dans la collection 10/18 avec une couverture toute noire, forcément. Elle vous coûtera EUR 9,63. La traduction de ces histoires, telles qu'elles sont présentées sur son blog, est celle de René Belletto et les illustrations de Tim Burton, himself. :)
Rappel : Qu'est-ce qu'"Un mois, un extrait" ?
Lire chaque mois un ou plusieurs extraits d'une oeuvre choisie par moi ou par vous ! Car, la subtilité, c'est que pouvez aussi en être les acteurs en m'envoyant tous les mois (et avant le premier du mois) un extrait de votre choix. Vous serez invitée à écrire votre propre article sur mon blog et ainsi de partager votre histoire et vos ressentis avec moi et toute la blogosphère ! :)
La démarche est a suivante : vous pouvez soit me faire parvenir vos idées par courriel (l'adresse est disponible dans la rubrique « Contact », voir en haut de page), soit me laisser un commentaire en bas de ce billet pour ensuite poursuivre la discussion dans autres eaux, soit le faire publiquement ou par Message Privé sur la page Facebook de « La Bouteille à la Mer ».
Aucune obligation de posséder un blog ou d'être un(e) grand(e) spécialiste en littérature. C'est surtout le partage qui compte qui que vous soyez et quelques soit vos goûts. Je suis toujours curieuse de découvrir de nouvelles choses, de nouveaux genres et c'est l'occasion !
"Dans les épisodes précédents", "Un mois, un extrait" a fait découvrir :
#1 : L'Idiot de Fiodor DOSTOÏEVSKI C'est mon roman de Dostoïevski préféré et ce passage est vraiment central pour comprendre la relation difficile qui unie les deux personnages principaux : le prince Mychkine et Rogojine.
#2 : Le Problème de la souffrance de Clive Staples Lewis. (exceptionnellement, sur ma page FB). On associe souvent C.S Lewis avec Narnia sans connaitre forcément ce qu'il a écrit à coté. Avec ce passage, c'est l'occasion de découvrir son style magnifique, légèrement lyrique parfois, mais accordé au thème qu'il aborde qui n'est ici pas la souffrance mais plutôt la "joie".